Comment anticiper l’effondrement de notre civilisation industrielle ?

Cette partie 2 pose la question de comment anticiper et faire face à l’effondrement de notre civilisation industrielle. En effet, entre le changement climatique, l’état de notre biodiversité, et notre insoutenable consommation énergétique, l’État saura-t-il où donner de la tête lorsqu’il sera trop tard pour redresser la barre ? Au vu de notre trajectoire actuelle, on peut quasiment affirmer que non. Dans ces conditions, nous ne pouvons compter avant tout que sur nous-même, citoyens, et sur notre capacité de résilience.

Anticiper l’effondrement de notre civilisation dès maintenant

Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge (Churchill)

Pour revenir à l’article précédent “Comment repenser nos habitudes pour le climat”, c’est ici :

Climat : et si on se rendait à l'évidence ?

Imaginez donc : nous n’aurions plus l’eau du robinet, l’électricité par intermittence, l’essence pour la voiture, c’est encore moins sûr, quant au train ou à l’avion, il ne faudrait plus compter dessus. Cela n’a rien d’un film hollywoodien ni des élucubrations fantaisistes d’une bande d’extrémistes fous. L’effondrement de notre civilisation est inéluctable et se base sur les rapports scientifiques les plus sérieux (GIEC, ONU, etc.).

Convertissons-nous à la vie qui nous attend demain, développons notre capacité de résilience, quand bien même le mot survivalisme peut faire ricaner. Ceci dit, les méthodes survivalistes nous serviront sans doute plus dans les années à venir que d’improbables objets High-Tech.

S’autonomiser par l’apprentissage

  • Apprenons à jardiner ou perfectionnons nos connaissances en la matière.
  • Apprenons des recettes zéro déchet (lessive, savon, shampoing, dentifrice). Pour faire du liquide vaisselle, par exemple, les produits employés dans certaines recettes (savon noir, cristaux de soude, vinaigre, etc.) durent bien plus longtemps qu’une bouteille d’un litre de liquide vaisselle. De plus, ces recettes nous offrent une promesse d’autonomie précieuse, tant que l’on possède les ingrédients.
  • Apprenons à réparer nos objets, en plus de les faire durer le plus longtemps possible. Demain, nous n’aurons plus accès aux métaux rares, et donc beaucoup moins d’objets High-Tech. Alors autant prendre soin de ceux que l’on possède.

Tester d’autres modes de transport

  • Utilisons la voiture individuelle le moins possible, pratiquons le covoiturage, afin de nous habituer dès maintenant à moins de confort.
  • Privilégions les modes de transport plus doux, tant qu’ils sont là (bus, vélo). Cependant, nos vélos bien-aimés ne sont malheureusement pas la solution de demain. Voilà ce que Philippe Bihouix dit à leur sujet :

un vélo, ce sont mille pièces élémentaires. La fabrication du dérailleur et des câbles de frein, la vulcanisation des pneus et chambres à air se fait dans des usines d’une haute technicité.

  • Apprenons à faire du cheval. Cela peut prêter à rire ou intriguer, mais que se passera-t-il lorsque nous aurons un accès limité au carburant et que nous aurons de longues distances à parcourir ? Nous ne pourrons pas toujours compter sur nos vélos (que nous userons sans doute beaucoup plus vite), ou sur d’hypothétiques covoiturages.

Plutôt que dans la voiture électrique, l’État devrait investir dans les haras nationaux. Nous aurons besoin de 10 millions de chevaux de trait contre 200 000 aujourd’hui ! (Yves Cochet)

Effondrement industriel : se tourner vers les chevaux plutôt que vers les voitures

Photo by Jossuha Théophile on Unsplash

Faire le choix du collectif

  • Engageons-nous, faisons pression sur nos maires, nos collectivités locales, nos dirigeants pour qu’ils prennent des mesures concrètes : ré-ensemencer les sols, planter massivement des arbres, bref la construction d’écovillages, comme le dit Yves Cochet.
  • Manifestons (marche pour le climat), proposons des idées, comme sur make.org, etc.
  • Organisons-nous entre citoyens pour agir, et pousser les décideurs à agir utilement, pour le bien de tous.
  • Rejoignons ou engageons nos lieux de vie en écolieux, lorsque l’on vit seul. Une communauté est toujours plus résiliente qu’un être humain seul chez lui.
  • Vérifions où sont les points d’eau naturels les plus proches, et apprenons à filtrer l’eau, à la pomper manuellement.

Anticiper l’effondrement de notre civilisation : réduire la consommation et rationner les ressources

Il nous faut remplacer nos mythes fondateurs (croissance infinie, développement durable) par les faits. Nous allons devoir nous passer de tout ce que notre société thermo-industrielle nous fournissait  : abondance de nourriture et de vêtements, transports publics et voiture individuelle.

La NASA et d’autres structures reconnues ont réalisé des études scientifiques très sérieuses, se basant, entre autres, sur les comportements de civilisation disparues (Mayas, empire Romain, habitants de l’île de Pâques). Entre une gestion des ressources naturelles catastrophiques pour les uns, et une inégale répartition des richesses, pour les autres, ces civilisations ont causé leur propre perte.

Photo by Hulki Okan Tabak on Unsplash

Par exemple, lorsque les élites, de moins en moins nombreuses, consomment de plus en plus, sans se soucier de maintenir un niveau de vie acceptable pour les plus pauvres, ces derniers disparaissent. En disparaissant, ils ne peuvent plus fournir la puissance de travail nécessaire au confort de vie des élites.

La solution se trouverait dans le rationnement ! Organiser dès maintenant le partage des ressources proches de la pénurie, afin que les plus fragiles n’en soient pas privés. Par exemple, donner vie à la “carte carbone“. Des chercheurs britanniques sont à l’origine de cette idée, dès 1990. Cette “carte carbone” donnerait droit à des “crédits d’énergie“, permettant à chacun un nombre précis de pleins d’essence, d’huile, ou, par exemple, d’achats de billets d’avion.

Tournons-nous dès à présent vers des objets simples d’utilisation, robustes et facilement réparables. C’est tout le concept des low-tech.

Face à l’effondrement de notre civilisation : le choix de la low-tech

Qu’est-ce que les low-tech ?

Four solaire, les toilettes sèches ou la machine à laver à pédales, ça vous parle ?

Globalement, les low-tech désignent des objets, systèmes, techniques ou services, s’articulant autour de trois grands principes : utilité, durabilité, accessibilité au plus grand nombre. Les technologies sur lesquelles se basent les low-tech doivent être sobres, agiles, et résilientes. Les techniques low-tech se doivent d’être durables, simples et le plus indépendantes possibles des ressources non renouvelables.

Par exemple, l’avenir du réfrigérateur très gourmand en énergie est peut-être bien le garde-manger.

La fin de notre société thermo-industrielle

Comme le dit Philippe Bihouix, nos centrales nucléaires sont en mauvais état. Même si nous souhaitons nous en passer, il nous faudra encore 50 ans pour les faire refroidir. Ainsi, nous ne sommes pas prêts de les démanteler, en France.

Parallèlement à ce problème, nos usages numériques (ordinateurs, smartphones, Internet, datacenters) consomment une énergie folle et impliquent d’installer des climatiseurs pour refroidir les datacenters. On ne pourra pas pourvoir à la demande croissante d’électricité de ces datacenters, en terme d’alimentation et de climatisation. Les canicules entraînent de toute façon déjà des pannes de climatisation. C’est le cas, par exemple, à Perth, en Australie.

Effondrement de notre civilisation industrielle : la fin d'Internet

Photo by Taylor Vick on Unsplash

De plus, la montée des eaux, sur le globe, menace directement le bon fonctionnement des câbles sous-marins, installés près des côtes, qui font transiter nos données. À terme, Internet fondra, littéralement. Alors, en attendant que dans un hypothétique futur, les calories d’énergie de nos ordinateurs chauffent nos piscines collectives, tournons-nous vers l’énergie low-tech !

Vivre dans un écolieu et tout apprendre des low-tech, c’est bien, mais sans les autres, nous ne survivrons pas. En effet, ceux qui survivent, dans les situations apocalyptiques sont ceux qui s’entraident…

Effondrement de notre civilisation : s’entraider ou s’entretuer ?

Concrètement, et contrairement à ce que prétendent certains médias, en cas d’effondrement, le chaos généralisé relève du pur fantasme. Les individualistes sont souvent les premiers à mourir.

La population cherche avant tout la sécurité, comme cela a été démontré dans des situations de catastrophes naturelles (Nouvelle-Orléans). Ils font donc preuve d’altruisme, de coopération, plutôt que de s’affronter pour survivre. Le mythe fondateur de la société libérale, qui consiste à croire que l’état de nature sauvage est celui de la loi du plus fort et de la guerre de tous contre tous, s’en retrouve ébranlé*. En effet, on ne multiplie ses chances de survie que grâce à la coopération et la solidarité.

* Source : Comment tout peut s'effondrer, Pablo Servigne, Raphaël Stevens

Ainsi, ce sont les personnes se tournant vers les solutions coopératives qui seront le moins impactées par un effondrement brutal de notre monde.

En un mot, rapprochons-nous de nos voisins dès à présent, si ce n’est pas déjà le cas !

Les gouvernements face à l’effondrement de notre civilisation

Nos gouvernements peuvent débloquer dès maintenant de l’argent, pour les causes urgentes ! Il ne s’agit que d’une question de volonté politique.

Ils ont su se mobiliser, en 2008, pour sauver les banques. La BCE (Banque Centrale Européenne) a créé 1000 milliards pour secourir les banques européennes, à partir de rien. Aux États-Unis, l’équivalent local de la BCE a créé 2 fois 1000 milliards ! Cela s’appelle le Quantitative easing.

Pierre Larrouturou nous apprend, hélas, que 11 % de cet argent, seulement, est allé dans l’économie réelle ; 89 % est parti à la spéculation. Depuis, le FMI a signalé chaque année, puis chaque mois, que le risque de crise financière est présent et pourrait être 10 fois pire que la crise de 2008 (source : les échos).

La BCE peut donc tout à fait créer 100 milliards pour les besoins liés au changement climatique, en Europe !

Effondrement de notre civilisation

En parallèle, Pierre Larrouturou et Jean Jouzel proposent de créer un traité européen stipulant que la création monétaire doit servir à créer des emplois, pour combattre les effets et conséquences du changement climatique. On ne touche pas à la BCE, mais on utilise la Banque Européenne d’Investissement (BEI) pour qu’elle devienne une banque du développement durable pour financer la transition en Europe.

Des politiciens qui ont agi dans l’urgence, par le passé

Thatcher et Reagan ont été obligés d’accepter la création du GIEC en raison des travaux de Jean Jouzel et Claude Lorius. Ils étaient contre, et pourtant, 6 mois plus tard, ils ont accepté qu’il soit créé. Même chose lorsque le mur de Berlin est tombé. Helmut Kohl et Mitterrand ont dû faire face. Ils ont permis la création, en 6 mois seulement, d’une banque pour financer la transition des ex-pays soviétiques.

Quand nos politiciens ont la trouille, ils peuvent en vitesse prendre des mesures intelligentes. Même ceux qui rêvent d’un suffrage censitaire.

Make our planet great again XD


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Scribby

Créatrice et auteur sur différents blogs, depuis plus de 10 ans, je suis aussi une rédactrice Web passionnée par la transition écologique. J'explore ici différentes solutions pour aller vers plus de sobriété numérique et changer, vous aider à changer vos habitudes de consommation. Que ce soit sur votre ordinateur ou dans votre cuisine, venez faire le plein d'idées et d'astuces ! On parle aussi ici de collapsologie et zéro déchet.

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7 réponses

  1. La Nébuleuse dit :

    Est-ce que le fait qu’on multiplie les gestes écolo met vraiment la pression aux politiciens ? Je pense que ce n’est pas ça qui leur fait peur. Si on se mettait à bloquer des centrales EDF et à piller des supermarchés peut être aha 😉 Les consultations aussi sont souvent faites pour détourner le regard des citoyens (j’avais des profs qui bossaient dessus je crois, il faudrait que je retrouve… en gros en proposant des consultations ou des concertations, on donne l’impression aux gens d’agir même si derrière ça ne se traduit pas par des mesures concrètes). Je n’ai pas regardé le documentaire sur le plastique sorti récemment, mais une amie me racontait que justement, dedans ils soulignaient que les entreprises comptent aussi sur le fait que les consommateurs pensent qu’ils sont responsables, plutot que de blamer les entreprises qui font les choix en amont (la loi de l’offre et la demande n’est pas si mécanique qu’on nous le dit !). Après sur le constat général je suis d’accord avec toi : oui il faut mettre la pression, et refuser ce système dans son ensemble, tu as très bien expliqué pourquoi ! Mais de mon point de vue il faut être plus ambitieux, essayer de développer des grilles de lecture politiques, se renseigner beaucoup… et militer ne serait-ce qu’un peu

    • Scribby dit :

      Hey la Nébuleuse, ça fait plaisir de te revoir par ici 🙂
      Oui, en effet, les gestes écolos tout seuls ne sont pas un moyen de pression sur les politiciens. Par extension, en revanche, le zéro déchet (qui pousse à consommer de façon différente) peut peut-être leur faire peur. Et c’est marrant, le Cash Investigation sur le plastique, j’ai commencé à le regarder hier soir. Pinaise…je ne pensais pas que les entreprises avaient carrément, entre autres objectifs, de pousser les consommateurs à prendre l’entière responsabilité des déchets. Je trouve aussi que le manque d’information de certain.e.s fait peur souvent, en effet, ou regarder les écolos de loin, comme des bobos excentriques qui font des choses inutiles. Du militantisme et du boycott 🙂 !

      • La Nébuleuse dit :

        Héhé oui j’étais un peu moins dans les parages mais je vais essayer de faire vivre un peu le blog et de venir lire les blogs que je suis quand-même, même si j’aurai moins de temps cette année (début de thèse…). Je pense que les initiatives “zéro déchet” sont susceptibles d’avoir un impact si elles impliquent une réduction de la consommation et surtout le fait de s’investir dans des structures différentes. Et de gueuler quand on nous prend pour des poires 😀 ! Je reste très déçue et dubitative quand je vois le programme des festivals Alternatiba en général par exemple : c’est bien comme première approche, mais le public est en général déjà sensibilisé, qu’apprend-il de plus sur la façon de mener la lutte, et sur les éléments du système à attaquer en priorité, sur la façon de faire tenir des luttes collectives ? En général on fait venir des noms un peu connus qui vont juste répéter que l’heure est grave, que l’homme détruit plein de choses mais qu’on peut encore agir…

        • Scribby dit :

          Gueuler quand on nous prend pour des poires, oh oui, ça, ça manque ! Toujours très admirative des islandais qui ont gueulé comme des putois, fait pression pour démission de leur gouvernement et sauvetage des banques, en 2011. C’est vrai que quand on entre dans la sphère “alternative (Alternatiba, mouvement zéro déchet, etc.), on se retrouve beaucoup entre convaincu.e.s et donc…impact minime puisqu’on ne fait qu’améliorer nos propres changements. Ce qui est rageant c’est le manque de mesures courageuses et simples, partout (gouvernement : dés-inciter à l’achat de voitures polluantes, faire replanter massivement des arbres, mettre l’urgence écolo au premier plan), entreprises et autres lieux publics (supprimer emploi gobelets plastiques, sacs soi-disant bio-dégradables pour les fruits-légumes dans les commerces)…etc. etc.
          En revanche, pour la consultation citoyenne, si elle était massivement remplie, je pense que ça aurait un impact, mais hélas, on est pas assez nombreux à croire en notre propre pouvoir. Je lisais hier que pour répandre une idée, il faut 25% de convaincus dans un groupe pour que ça fasse boule de neige.

          • La Nébuleuse dit :

            Oui c’est exactement ça, pas assez nombreux à croire en notre pouvoir ! Pourtant on en a des exemples historiques d’avancées majeures dues à des mobilisations collectives, mais tout est fait pour nous envoyer le message inverse… Je crois que l’essentiel est là oui, recréer cette confiance en la force collective, en ce qu’on peut accomplir, sans avoir besoin de leaders super autoritaires

  2. Inconnu dit :

    Notre « Époque » est celle de la misère, du déni des inégalités, du gouffre entre ceux qui gagnent des fortunes rien qu’en respirant et ceux qui couchent dehors et n’ont rien.

  1. […] suite, c’est par ici : Climat : comment anticiper l’effondrement de notre civilisation industrielle […]

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