Numérique : pourquoi collecte-t-on nos données personnelles ?

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Pourquoi donc s’inquiéter des données personnelles que l’on collecte sur nous et de leur utilisation ? Nous avons tous du mal à évaluer l’impact de la collecte dématérialisée de nos données, sur nos appareils électroniques. Et pour cause, elle est discrète et volontairement présentée en des termes indigestes. Or, la récupération de ces informations n’est pas anodine et est largement utilisée à des fins de surveillance

Données personnelles : une collecte qui n’a rien d’anodin

Snowden a déclaré :

“Dire que la vie privée ne vous intéresse pas parce que vous n’avez rien à cacher équivaut à dire que la liberté d’expression est inutile parce que vous n’avez rien à dire. Car si vous n’utilisez pas vos propres droits aujourd’hui, d’autres personnes en ont besoin. Les minorités, en particulier.

Dire que vous vous en fichez de vos droits parce que vous ne les utilisez pas est particulièrement asocial. Cela revient à dire “les autres ne m’intéressent pas. Par ailleurs, accepter de renoncer à un peu de liberté parce que l’on nous serine que nous n’avons rien à craindre est illusoire.

Ceux qui nous laissent entendre que “tout va bien, que nous n’avons rien à craindre, qu’on s’occupe de tout” empiètent déjà sur nos libertés. La démocratie, ce n’est pas une question de faire confiance à quelqu’un, la démocratie est un effort constant, elle n’est jamais acquise.

Il n’a pas tort, mais nous qui vivons dans des pays pseudo-démocratiques, nous pouvons avoir du mal à faire le lien entre les caméras dans la rue, les données personnelles qu’on se laisse siphonner sur nos smartphones et sur Internet et la vie privée.

Quelles données sont collectées sur les applications gratuites ?

  • Qui nous sommes (âge, sexe, genre).
  • Qui nous fréquentons.
  • Où nous allons.

Ces inconnus qui collectent nos informations personnelles…

Nous ne savons pas exactement qui sont les entreprises qui proposent ces applications et ont accès aux métadonnées citées ci-dessus. Tous autant que nous sommes, nous ne savons pas non plus qui dirige ces sociétés anonymes ni où elles sont situées (parfois à l’autre bout de la planète). Nous les laissons donc faire ce qu’elles veulent avec ces informations, comme les croiser entre elles par exemple. Pour faire quoi ? Pour déterminer nos centres d’intérêt, ce que nous faisons et quand, notre niveau de vie, nos amants potentiels. Ça y est, on entre dans la vie privée !

C’est exactement comme si on vous proposait de rassembler vos données personnelles (mots de passe, N° sécurité sociale, comptes bancaires), clés de voiture et de les stocker dans une boîte. X se charge personnellement de garder cette boîte en sécurité. Accepteriez-vous ? Probablement que non. C’est pourtant ce que nous faisons tous les jours avec nos smartphones, cloud, Internet.

Non seulement ces sociétés privées utilisent nos données pour mieux nous cerner, et nous vendre des produits, mais elles ont aussi la liberté de les revendre. Que se passe-t-il le jour où elles les partagent avec l’État ? Prenons le contexte de l’état d’urgence, par exemple. Celui de la guerre contre le terrorisme. Du jour au lendemain, tout devient un peu plus autoritaire, on recherche des suspects.

On a rien à cacher nous, alors, il est où le problème ?

Le problème apparaît lorsque l’on constate les dérives de certains états, en matière de surveillance de masse, comme par exemple aux États-Unis…

États-Unis : Quand la NSA surveille des mouvements pacifistes

National Security Agency et son logo ridicule
National Security Agency et son logo...

Prenons le chef de la NSA aux États-Unis. Sa devise est de “tout collecter“, au nom de la lutte contre le terrorisme. Effectivement, le système de surveillance de masse de la NSA fonctionne à plein régime. Au point qu’il a aussi ciblé les participants de mouvements pacifistes, comme Occupy Wall Street.

Où est le lien avec le terrorisme ? Depuis quand un mouvement pacifiste est-il une menace pour la sécurité nationale ? Et comment les Américains en sont-ils arrivés là, d’ailleurs ? Personne n’a voté ni accepté que chacun soit surveillé et enregistré partout dans le monde !

Occupy Wall Street

Occupy Wall Street a échoué notamment à cause de cette surveillance. Les activistes étaient identifiés par les caméras de reconnaissance faciale disposées dans les rues. On croisait ensuite les données personnelles avec celles que la NSA possédait déjà.

C’est typiquement un exemple d’abus de pouvoir par un État qui craint que sa puissance soit menacée par ses citoyens.

Depuis les attentats de 2001 et le Patriot Act, qui a suivi, on est tombé, aux États-Unis, dans le contrôle social et l’anticipation de crimes ! C’est ainsi que les services de sécurité ont pu accéder aux données informatiques des particuliers et des entreprises, sans leur consentement préalable. Les utilisateurs n’ont pas été informés. Un besoin de contrôle pathologique de la part des autorités, pour le plus grand plaisir d’entreprises, telles que Amazon.

Amazon Rekognition

Amazon vend en effet à plusieurs bureaux de police et municipalités américaines l’Amazon Rekognition. C’est un système de reconnaissance faciale, en temps réel. Cette “haute” technologie a confondu des membres du congrès américain, généralement noirs, avec des délinquants fichés !

La dangerosité de ce genre d’outils n’est plus à prouver. C’est peut-être pour cette raison que la ville de San Francisco, le berceau de la révolution numérique, a décidé, en 2019, de bannir la reconnaissance faciale de ses rues !

Décidément, après les développeurs qui ont regretté d’avoir participé à la création de réseaux sociaux addictifs, que nous connaissons tous, il semblerait qu’un certain nombre d’individus pro-technologie aient décidé de remettre le génie technologique dans sa bouteille !

Et vous, ça vous fait quoi l'idée d'une surveillance de masse ?
Et vous, ça vous fait quoi l'idée d'une surveillance de masse ?

Une surveillance de masse qui réjouit les anciens de la Stasi

La capacité de collecte de données de la NSA laisse d’anciens membres de la Stasi, comme Wolfang Schmidt, rêveurs.

En ses propres termes :

“C’est un rêve qui devient réalité”.

Le motto de la Stasi, elle-même, était de savoir qui est qui, c’est-à-dire qui pense quoi. Le but était d’influencer les gens et de stopper tout activisme politique avant qu’il n’ait lieu…

À l’époque, cette organisation allait jusqu’à déployer une cinquantaine d’informateurs pour une personne espionnée ! Autant d’informateurs que de traqueurs qui nous suivent à présent, dans nos faits et gestes sur Internet.

Oui, mais la Stasi n’existe plus en Europe….

Quand l’Europe surveille aussi de ses citoyens

La Stasi n’existe plus en Europe….Erreur ! On a constaté le même problème d’abus de pouvoir en Europe !

Les lois sur la surveillance sont devenues plus dures. Cette surveillance aurait dû être ciblée, or, c’est devenue une surveillance de masse, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni.

Des lois radicales et très intrusives en Grande-Bretagne

Les lois les plus radicales et intrusives ont été votées en Grande-Bretagne. L’organisation écologiste Extinction Rebellion, a été classée dans la catégorie des groupes terroristes, par la police britannique !

Malgré ces mesures extrêmes et injustes, elle n’a pas empêché les attentats qu’elle était censée prévenir. Elle condamne à tort certains mouvements (sic Extinction Rebellion).

Extinction Rebellion, un mouvement réprimé en Grande-Bretagne
Extinction Rebellion, un mouvement réprimé en Grande-Bretagne

En raison de ces méthodes, les spécialistes du renseignement reçoivent une avalanche de données.

Pire, la surveillance des masses n’a jamais empêché le moindre acte terroriste ! Ce qui se cache sous cette surveillance relève plus d’une stratégie de manipulation, d’espionnage économique et d’influence sociale. En un mot, sous couvert de surveillance, on a surtout des outils de pouvoir.

Dérives de la surveillance de masse, en France aussi

On a aussi pu constater les dérives de la surveillance de masse, après l’état d’urgence en France. Au moment de la COP21, en 2015, des militants écologistes ont été surveillés, physiquement et numériquement, et ce, durant plusieurs années. Ils ont été assignés à résidence, sans même une décision de justice !

Surveillance de masse à Nice

Autre exemple parlant : les caméras de surveillance, installées à Nice, n’ont pas aidé à prévenir l’attentat survenu en 2015 ! Il est de notoriété publique que déployer des renseignements généraux, humains, donne plus de résultats que des outils technologiques. Et ça coûte moins cher, et ça pompe moins de ressources…

Le ridicule de la surveillance de masse, en drône, à Nice, pendant l'épidémie de COVID-19
Le ridicule de la surveillance de masse | Image : Wikipédia

Le développement de la surveillance intelligence est devenue un marché juteux auquel des autorités sans recul souscrivent, par fainéantise et fantasme. Le cas du maire de Nice, Estrosi, qui collabore avec Thalès, pour mettre en place une SAFE CITY, est éloquent. Il est fasciné par le modèle israélien, qui a développé une véritable technopolice, dans son propre pays.

La démocratie n’est jamais acquise. Il ne faut jamais sous-estimer le manque de clairvoyance d’autorités douteuses. Voilà pourquoi claironner que l’on a rien à cacher n’a pas de sens.

Voilà pourquoi, également, il ne faut jamais accepter de sacrifier une once de liberté, et donc de vie privée, au nom de la sécurité. On a aucune garantie de conserver l’une et l’autre. Nos données personnelles, sur nos appareils électroniques, font partie de notre vie privée.

Nous avons tous quelque chose à cacher : notre vie privée. Il ne peut pas y avoir d’équilibre entre abandonner un peu de liberté, de vie privée et de données contre une soi-disante sécurité.

Oui, mais on n’adhère pas à leur surveillance des autres, nous, donc on ne se laisse pas berner…

Les effets pervers de la surveillance sur les gens

Lorsque quelqu’un est surveillé, souvent son entourage pense qu’il y a une bonne raison à cela. Il aurait commis un acte illégal, etc. Pourtant, c’est faux.

La plupart d’entre nous se pensent à l’abri de toute surveillance parce qu’il ne fait rien de répréhensible. Or, en fouillant nos données personnelles, on peut toujours trouver quelque chose à interpréter négativement, et plus particulièrement lorsque la notion de ce qui est légal ou non change du jour au lendemain.

Et si un jour vous rejoignez un mouvement quelconque ?

Qu’est-ce qui vous dit que vous ne serez jamais impliqué.e dans rien ? Rien n’est gravé dans le marbre.

Serions-nous, collectivement, devenus trop polis, trop tranquilles, car on baigne dans le confort ? On se laisse endormir par notre confort de vie. On ne s’élève pas, on ne conteste rien parce qu’on aurait trop à perdre (emploi, famille) : cela même montre qu’il y a un problème.

Admettons que vous ne soyez pas très politisé.e, ni engagé.e à un moment de votre vie. Cela peut changer subitement suite à un événement. Un promoteur qui veut construire un centre commercial dans le champ à côté de chez vous, les petits pots de bébé de votre enfant qui sont contaminés avec une substance dangereuse…

Vous signez une pétition, vous allez à une manifestation. Ça y est : on peut anticiper négativement vos prochains agissements. Présumer que vous allez dégrader quelque chose, inciter à une grève, etc.

Admettons que vous vous sachiez surveillé.e…

L’auto-contrôle social se déclenche.

Vous vous mettez à contrôler ce que vous dites, à réfléchir à vos fréquentations, à vous censurer dans vos recherches sur Internet.

Vous restez dans le doute et craignez de dire ou de faire quelque chose qui pourrait vous rendre suspects. Dans ces conditions, chacun voudrait proclamer qu’il n’a “rien à cacher” et accepterait d’être contrôlé à ce sujet.

Resterait-il quelque chose de privé, d’inviolable en nous ? Oui, ce qui se passe dans notre tête. Or, cet espace privé deviendrait aussitôt suspect puisque caché et impossible à extraire…sauf sous la torture, peut-être.

Alors, où en êtes-vous avec la collecte de vos données ? - Des mots verts et nature
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Scribby

Créatrice et auteur sur différents blogs, depuis plus de 10 ans, je suis aussi une rédactrice Web passionnée par la transition écologique. J'explore ici faits de société et solutions, en terme de sobriété numérique, transition écologique intérieure et pour son chez soi !