Peut-on se passer de la voiture individuelle, près d’une ville ?

Vous rêvez d’envoyer votre voiture à la casse ? Vous aimeriez être cet.te écolo pur.e et dur.e, sans reproches ? J’ai caressé ce rêve, récemment, de me débarrasser de mon véhicule. Cependant, entre un rythme de vie intense et des transports en commun en quantité insuffisante, mon rêve écolo est vite tombé à l’eau. Explications.

Peut-on se passer d'une voiture, à proximité de la ville ? Analyse !

En bonne écolo qui se respecte, mais qui n’a pas le manuel de l’éthique parfaite, j’espérais me passer définitivement de ma voiture. C’était une brave chariote que je possédais depuis 10 ans (mais qui était en circulation depuis 20 ans). Son coffre ne se verrouillait plus et claquait lors de mes accélérations énervées sur tous les dos d’âne de la Terre. Le voyant de portière ouverte s’allumait tout le temps. Je n’avais plus de plafonnier. Et pire encore : l’indicateur de vitesse ne fonctionnait plus. Je sus qu’il était temps de m’en séparer lorsque que j’appris que les règles du contrôle technique allaient devenir plus strictes, et ne laisseraient pas de répit à ma pauvre vieille voiture.

Se passer d’une voiture

Lorsque l’on vit dans une petite ville, à une dizaine de kilomètres d’une grande ville, avec tram-train, bus et pistes cyclables à volonté, on se dit qu’on a de la chance, et que oui, la voiture, on va pouvoir l’oublier !

Je commence alors à faire la check-list de tout ce que je peux déjà faire sans voiture :

  • aller au travail sans voiture : checked! Merci le tram-train.
  • Aller faire des courses dans des commerces locaux, vendant du bio, ou conventionnel : checked!
  • Aller à la poste, à la bibliothèque à vélo : possible avec un peu d’organisation ET DE TEMPS : checked!

 Je m’intéresse ensuite à ce que je pourrais faire sans voiture, si j’avais plus de temps et une organisation très stricte :

  • aller chez le dentiste, le médecin : checked!
  • Aller voir des ami.e.s, des spectacles, aux réunions des associations dont je fais partie : problème ! Tout cela se déroule généralement le soir ! À l’heure où il n’y a quasiment plus de transports en commun (ou un bus par heure). Lorsque l’on travaille le lendemain à 8 h, on trouve difficilement la motivation en soi de faire 1 h 30,  2 h de vélo aller-retour.
  • Envie subite d’aller au ciné, d’accepter une invitation de dernière minute : même problème.
  • Achats urgents à faire (pièce pour le vélo, acheter de quoi réparer ta tuyauterie qui fuit sous l’évier) : même problème.
  • Urgences ? Le jour où on s’entaille le pouce avec un couteau, et que ça ne fait aucun doute, il faudrait 2 points de suture. Impossible d’y aller sans voiture.

Tout faire à vélo ?

Quant au vélo électrique, je me heurte rapidement aux inconvénients ou manques que je connaîtrais si j’en avais un. Malgré des trajets moins fatigants et plus rapides qu’avec un vélo classique, je ne peux pas transporter beaucoup de choses. Par exemple, au contraire d’un déplacement en voiture, il était évident que je ne peux transporter à vélo mon ordinateur + des dossiers + 1 plat de crêpes ou de…tartiflette + mon antivol en U, lors de rendez-vous associatifs.

Antivol pour vélo

En outre, les vols de ces vélos sont innombrables à Nantes. Même des vélos classiques et peu sophistiqués sont volés. On se demande bien pourquoi.

Bref, je mène alors des recherches sur les antivols et méthodes pour décourager les voleurs de vélo. Je fais là une parenthèse pour vous indiquer ce que j’ai trouvé sur le site bicycode.org et sur quechoisir.org :

  • dans les parcs à vélo, placer son vélo au milieu : il sera plus difficile d’accès.
  • Investir dans un antivol en U. Vous pouvez comparer les antivols sur le site de la fub (https://www.fub.fr/).
  • Toujours attacher le cadre et au moins une des roues. À choisir, attacher la roue arrière, car elle coûte plus cher.
  • Attacher l’antivol plutôt en haut de la roue : les voleurs équipés de masse ne trouveront pas de point d’appui !
  • Remplacer les attaches rapides aux roues ainsi que la tige de selle de votre vélo par des boulons. On trouve facilement des kits d’axe de fixation, de rechange, pour moins de 20 euros. Pour une sécurité maximum, investir dans des boulons antivol, à tête creusée, en étoile, de type Torx.
  • Se procurer un kit de marquage bicycode et enregistrer son vélo sur bicycode.org

Il est clair pour moi que vu où j’habite par rapport à la grande ville, se déplacer uniquement à vélo n’est pas réaliste. Je me documente alors sur la location de voiture.

Louer une voiture ponctuellement

Je fais des simulations de location sur Drivy, et sur Marguerite. Aïe !

Après quelques calculs, je prends conscience que louer une voiture ponctuellement, même à un particulier, me reviendrait beaucoup plus cher que d’en posséder une.

D’une part, il n’y a pas forcément de particuliers louant très régulièrement leur voiture, sur Drivy, autour de chez moi. D’autre part, l’autopartage, façon Marguerite, qui se loue, à Nantes, c’est très cher. Pour 24 h par semaine, en admettant que je ne sorte en ville qu’une fois par semaine, le coût de la location est de 60 euros minimum. Si on multiplie cela par 4 semaines dans le mois, on se retrouve avec un budget proche de celui de quelqu’un.e qui doit utiliser sa voiture tous les jours pour aller au travail.

Et si j’achetais une hybride essence/GPL, alors ?

Cette question, je me l’étais posée des mois et des mois avant de réfléchir à mon changement de véhicule, et bien avant mon rêve de vélo électrique.

Un proche possédait une Dacia GPL, un modèle réputé fiable. Pas de chance pour lui, il allait de déboire en déboire avec sa voiture hybride. Injecteurs changés plusieurs fois, passage GPL-Essence et vice-versa détérioré au bout de quelques années, et j’en passe. Au final, il n’a pas rentabilisé son achat et a dû changer de voiture. La douche froide.

J’ai commencé à regarder d’un autre œil les ventes de véhicules hybrides GPL sur leboncoin.fr

Qui plus est, il n’y en avait pas 36.

Acheter une voiture GPL neuve ?

Avec un crédit qui crève le plafond ? Non merci !

Alors, le moral au ras du porte-monnaie, j’ai fini par racheter une voiture essence classique. Une ptite ptite chariotte que je pourrais revendre facilement, si d’aventure, je m’installais dans la grande ville d’à côté.

Déplacements et France arriérée

Eh oui, c’est comme ça en France, en 2019. Les villes et villages de France ont été repensés, au sortir de la guerre, autour de la voiture…

Et rien ne bouge, ou si peu (grâce aux citoyens), alors même qu’on va devoir se passer des carburants classiques tôt ou tard.

C’est incroyable qu’il n’existe pas un système d’autopartage, type Marguerite, généralisé à toutes les communes de plus de xxx habitants !

C’est incroyable que le tram, le train, le tram-train ou le bus ne circule pas, mettons, jusqu’à 2 h du matin, entre la grande ville et les communes alentours. Et je parle là d’horaires pratiques. Quelque chose comme deux fois par heure plutôt qu’une fois toutes les 2 h. S’ils le font à Berlin, pourquoi pas chez nous ???

Il est fou que le GPL soit si peu populaire, ou que l’on ait si peu travaillé sur ce système d’injection d’eau qui permet de limiter les émissions de CO2 et de limiter la consommation, sur les diesels*.

*À l'origine, Rudolph Diesel, l'inventeur du moteur du même nom, l'avait conçu pour ne fonctionner qu'à l'huile végétale.

Si la voiture m’était contée

Mais d’où vient-elle la voiture ? Je l’ai appris dans le très intéressant documentaire “Comment l’homme a mangé la Terre ?”.

1859 : premiers puits de pétrole et de gaz en Pennsylvanie ! Région largement plus exploitée que les pays du Golfe par la suite !

1899 : Renault créé la première voiture. Dans les années qui suivent, la France fournit presque 50 % de la production automobile mondiale. Aux États-Unis, Ford est séduit par l’idée. Il créé la Ford Motor Company. Il connaît son premier succès en 1908 avec la Ford T.

Essor de l’écraseuse (oui, elle fut surnommée ainsi !)

Two killed in Abington. 

Années 1910 : la voiture est considérée comme une possession de bourgeois. Elle créée des nuisances et dangers dans la ville. On la surnomme l’Écraseuse. L’automobile impose une nouvelle discipline dans la ville. Elle effraie les chevaux, elle tue… À Baltimore, un monument est érigé au nom des enfants écrasés ! Mais la demande est croissante. Au point que Ford élaborera le concept du fordisme (inspiré du taylorisme), une nouvelle organisation du travail permettant de produire massivement, mais aussi d’éviter la surproduction. Ainsi, ses ouvriers, mieux payés, afin d’atteindre ce but, peuvent eux-mêmes s’acheter les voitures qu’ils produisent. La philosophie du fordisme généralisera la société de consommation (“Travaille, tais-toi et consomme”).

En 1922, General Motors créé un groupe de travail. Il veut remplacer le tramway, qui représente 40 000 kilomètres de voie aux USA, et 300 000 employés (!), par l’autobus et la voiture individuelle. À la faveur du krach boursier de 1929 qui impacte les grandes fortunes, mais aussi les sociétés de tramway, le patron de General Motors réalise son rêve ! Il s’associe avec Standard Oil, Rockfeller, Phillips, Firestone, rachète les sociétés de tramway et créé la National City Lines.  Ils ne reculeront devant rien pour forcer des municipalités réticentes à vendre, en utilisant la pègre locale ou la corruption. Ils remplacent les tramways par des bus, supprimant les rails, pour faciliter l’intrusion massive de la voiture dans la ville.

En Allemagne, le nationalisme gagne du terrain. Le pays est perclus de souffrances, lié à une dette colossale et à la crise bancaire. C’est dans ce contexte que Hitler accède au pouvoir en 1933. Il est fasciné par le génie productiviste et l’antisémitisme de Henri Ford. Il créé alors le premier réseau autoroutier d’Europe ! 1000 kilomètres d’autoroute, afin de permettre aux blindés de se rendre sur tous les fronts. 100 millions de mètres cube de terre sont déplacés à cet effet. Le double de ce qui avait été déplacé pour créer le Canal de Suez.

L’avenir de la voiture

Qu’on partage ou non leurs différents points de vue, sur plein de sujets, on peut comprendre la colère des gilets jaunes au sujet du prix du carburant, dans un contexte où la voiture est incontournable pour se déplacer quotidiennement.

Dessin humoristique de Medhi (Les Hahactualités de Mehdi :encore un dessinateur qui ne publie que sur Facebook)

Auteur : Medhi (les Hahactualités de Mehdi). Encore un dessinateur qui ne publie que sur Facebook…

La/le citoyen.ne lambda peut faire des efforts, mais à un moment, il faut arrêter de se moquer d’elle/de lui.

À qui la faute ? Peut-être bien à ceux qui ont développé et vendu ces véhicules polluants. La faute à ceux qui ont escroqué les gens en leur faisant croire à un diesel propre. La faute à certains industriels de l’automobile qui dépensent des sommes faramineuses en publicité pour inciter les consommateurs à acheter des SUV, lourds et polluants qui n’ont pas leur place dans les villes !

Le nom même de SUV est une stratégie marketing destinée à faire oublier le côté imposant et inutile d’un 4×4 en ville ! Travaille, consomme des biens inutiles sans culpabilité et tais-toi !

40 % des véhicules neufs en France vendus sont désormais des SUV. Ce véhicule pèse très lourd, prend beaucoup de place (circulation, stationnement), et il tue plus que la voiture. Problème : vu son succès, le marché de l’occasion sera bientôt inondé de SUV, une catastrophe pour tous ceux qui ne pourront/voudront investir dans ce genre de véhicule.

Gageons que les consommateurs auront envie de se détourner de la voiture individuelle 🙂 !


Plus d’articles sur le sujet de l’écologie ? Par ici !

 

Scribby

Créatrice et auteur sur différents blogs, depuis plus de 10 ans, je suis aussi une rédactrice Web passionnée par la transition écologique. J'explore ici différentes solutions pour aller vers plus de sobriété numérique et changer, vous aider à changer vos habitudes de consommation. Que ce soit sur votre ordinateur ou dans votre cuisine, venez faire le plein d'idées et d'astuces ! On parle aussi ici de collapsologie et zéro déchet.

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4 réponses

  1. Merci pour ce point de vue intéressant que je partage en grande partie. Je m’interroge beaucoup là-dessus en ce moment: oui pour se passer de voiture au quotidien, mais QUID de ma liberté de déplacement et qui plus est en tant que femme ? Alors que le gouvernement ferme toutes les petites lignes SNCF et que les alternatives peinent à fleurir, j’opte comme toi pour le déplacement raisonné en voiture essence. Belle soirée à toi !

    • Scribby dit :

      Hello Manon ! Yep ces petites lignes qu’ils suppriment, quelle hérésie, comme la suppression de certaines lignes de trains de nuit fort utiles 🙁 tout ça pour promouvoir les déplacements en car. Tsss, mais où ont-ils la tête nos gouvernants ?

  2. Miss Avery dit :

    C’est vrai qu’avoir une voiture, c’est une certaine liberté, je suis d’accord. Après, pour ma part, j’en profite une fois de temps en temps et ça me suffit. Je sais que c’est incompréhensible pour certains et certaines mais je m’en passe (QUOI tu prends une heure le matin et le soir pour aller au boulot). Pour le reste (sorties etc…) J’avoue que du coup, je planifie comme ça je sais que j’aurais un bus pour rentrer chez moi. Un jour peut-être, j’aurai une voiture.

    • Scribby dit :

      C’est super de pouvoir vivre sans ! Quelle liberté ! Ah ah, en l’écrivant, je réalise ô combien cela peut-être paradoxal pour certains. Je ne me suis jamais sentie aussi libre qu’en Irlande, où je vivais sans véhicule (et donc sans garage, sans assurance à payer). Ceci dit, je vivais à Dublin et après nos soirées arrosées, on se payait généralement…le taxi, ou le pousse-pousse (!), car il n’y avait plus de bus.

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